En avoir ou pas
Il faut lire ces lignes irrésistibles. Cette comparaison de la mémoire à une valise qui se remplit petit à petit, au fur et à mesure que les évènements, petits ou grands, viennent s’y accumuler . Jusqu’au dernier jour ou chacun finit par s’enfermer dedans. Allez, lisez ces lignes elles valent la peine !>
Le passé d’un homme est une grosse valise dans laquelle s’accumulent chaque année des objets d’inégale valeur. Au bout de quatre-vingt-deux ans, disait mon père, cette valise est tellement lourde qu’on ne peut plus la soulever. On passe ses journées à la regarder, à tourner autour, à l’ouvrir, à sortir les objets, à les examiner, à les tripoter, à s’attendrir dessus. Notre passé nous fascine au point qu’on finit par entrer dedans – et la mort, disait papa, c’est quand il se referme sur nous car – c’était une de ses formules préférées – “la valise du passé ne s’ouvre pas de l’intérieur". Là encore, le mourant se sentira coupable. Juste avant de rendre l’âme, il se dit qu’il ne fallait pas penser tout le temps à cette valise, ne pas la regarder, ne pas l’ouvrir, faire comme si elle n’existait pas, faire comme avant, quand nous étions jeunes, et qu’elle était petite, légère, posée avec négligence à côté de nous sur la banquette d’une brasserie, abandonnée dans le couloir de l’appartement des parents de notre petite amie, une valise dont on ne sentait pas le poids, dont on ne distinguait ni la forme ni la couleur, tant elle était anodine et immatérielle…
Lire l’article de : Dancharr (Rillé) Titre : En avoir ou pas Date de parution : 19 Mai 2008 < /a>>


