Mémoires captives", d’Azar Nafisi
Je ne connais pas Azar Nafisi. On ne peut pas tout connaître. Mais je lirai son livre qui me paraît rassembler tous les méandres de la mémoire familiale. La littérature peut seule nous permettre quelque sondage dans le coeur d’une mémoire qui échappera toujours aux analyses les plus subtiles et les plus scientifiques. Mais peut être ne faut-il pas opposer l’une à l’autre ces mémoires diverses qui ont besoin l’une de l’autre pour que la mémoire, tout court, puisse exister.>
Azar Nafisi est d’abord écrivain. Ensuite, iranienne. Or, trop souvent, outre-Atlantique, une nationalité et sa mythographie se substituent, par une alchimie politique, à la qualité d’une oeuvre. Et c’est précisément contre cette tendance que Nafisi - réfugiée politique aux Etats-Unis et auteur, en 2003, de Lire Lolita à Téhéran (Plon) - s’efforce résolument de s’inscrire. Dans son nouveau livre, Mémoires captives, elle esquisse une chronique familiale qui est avant tout une méditation sur le silence, le temps et l’émergence traîtresse de la mémoire.
La critique américaine lui a aussitôt reproché d’évoquer son univers intime sans pour autant porter un éclairage neuf sur l’Iran. “L’Iran dans ce livre n’est que l’Iran de mon souvenir, et non le sujet du livre", dit-elle posément, avant de s’exclamer : “Je trouve cela méprisant au fond, “Oh ! Un livre qui nous apprendra des choses sur l’Iran !” Je ne veux pas de cette pitance, et suis toujours étonnée de la tendance à politiser un livre jusqu’à le dénaturer… Je souhaite être reconnue comme écrivain, et si je ne suis pas en mesure de l’être, eh bien tant pis pour moi.”
Lire l’article de : Lila Azam Zanganeh
Titre : Mémoires captives", d’Azar Nafisi
Date de parution : 16 Décembre 2009


